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Actualités




11-04-2012

Pau : un ancien maître-nageur victime des chloramines

Cela a été long, difficile et pénible, explique-t-il. Alors que la Ville de Pau cherche à régler les problèmes posés par l'exposition aux chloramines de ses agents à la piscine Péguilhan, un ancien maître-nageur tient, sans prendre parti sur ce dossier, à témoigner du combat qu'il a mené ces dernières années. Démarches destinées à faire reconnaître la maladie professionnelle dont il souffre. Mais aussi à lui permettre de bénéficier de soins appropriés.
Ce salarié, qui exerce aujourd'hui une autre activité pour la Ville, a connu toutes les piscines paloises. Mais il souhaite garder l'anonymat. « Tout commence par des irritations : les yeux, le nez, la bouche », explique-t-il. « Puis cela dégénère sur toute la sphère ORL pour se traduire par des rhumes, de la sinusite, des angines chronique. »

« Une chape de plomb »

« La reconnaissance des maladies professionnelles liées aux chloramines a mis des années. Elle fait partie de notre combat syndical, car un employeur doit protéger ses salariés », commente Morad Tahraoui, le secrétaire général de Sud. « De nombreux agents travaillant dans les piscines sont concernés en France. Or, force est de constater qu'une chape de plomb pèse encore sur l'utilisation du chlore. »
« Si l'on ne tient pas compte des problèmes que soulève la trichloramine dans notre pays, on risque de déboucher sur des générations entières de travailleurs qui vont se retrouver dans une posture de handicap. De plus, refuser de reconnaître la souffrance des salariés, c'est aussi porter atteinte à leur dignité », ajoute-t-il.
« En 2009, à Pau, nous avons fait trois grèves sur les trichloramines. Car il y avait déjà beaucoup de problèmes d'intoxications dans les piscines. Aujourd'hui, pour la première fois, la mairie reconnaît la possibilité d'une incidence sur les agents. »
Morad Tahraoui rappelle que, sur les quatre piscines paloises, l'une (le stade nautique) a déjà été fermée « à la demande de la DDASS » et que deux autres ont été construites en 72 et 74. « Nous demandons une véritable politique de prévention sanitaire pour les agents, ainsi qu' une information des usagers. »

Même si certains d'entre eux peuvent parfois être sous-estimés, ces maux ont des conséquences très négatives sur la qualité de vie des personnes qui en souffrent, remarque-t-il, en évoquant un congrès mondial tenu sur le sujet en 2005. Sans parler des autres complications que ces affections peuvent entraîner.

Les MNS en première ligne

Rien n'a pourtant été simple pour se faire entendre, constate l'ancien maître-nageur. « Il était important pour moi de me protéger dans le cadre de mon travail, et de témoigner d'une réalité », dit-il. Avant de rappeler qu'un article paru dans « Le Quotidien du médecin » affirme que les maîtres-nageurs sauveteurs souffrent deux fois plus de sinusite et de douleurs à la gorge, et trois fois plus de rhume chronique que le reste de la population.

Une première bataille a ainsi dû être menée pour faire reconnaître, en 2008, après plus d'une année de démarches, qu'il souffrait d'une infection chronique de la sphère otorhinolaryngologie liée à l'exposition aux trichloramines subie dans le cadre de son travail. État dont ont notamment attesté les spécialistes du CHU de Bordeaux qu'il est allé consulter.

Ses difficultés n'étaient pas terminées pour autant. L'agent municipal indique en effet s'être heurté à des refus lorsqu'il a demandé que soit pris en charge un traitement spécifique, toujours dans le cadre de la maladie professionnelle. « Alors que mon employeur, lui, parlait d'une maladie ordinaire. »

En désespoir de cause, il a donc soumis l'affaire au tribunal administratif. En mai 2011, cette juridiction a fini par lui donner raison.

« Arrêtons la suspicion »

Les motivations sur lesquelles les magistrats se sont appuyés sont particulièrement intéressantes, commente-t-il.

« Tout d'abord, il reconnaît que le traitement spécifique demandé est justifié par rapport à mon affection. Le tribunal estime aussi que le refus d'une collectivité de prendre en charge des frais directement entraînés par une maladie professionnelle rend incertain le remboursement intégral de ces dépenses. Car elles sont alors subordonnées à l'Assurance-maladie et à une mutuelle dont le coût et les prestations peuvent varier. ».

D'autres points sont soulignés par l'ancien maître-nageur. « Alors que l'on voulait me faire passer pour une personne procédurière, le tribunal a reconnu que j'avais une légitimité à agir en justice. Qui plus est, il a conclu à l'utilité du traitement médical demandé. »

Bref, résume-t-il, « à un moment donné, il faut arrêter de faire peser une suspicion sur des personnes qui, non seulement sont malades, mais doivent aussi se justifier. Car on se sent alors affecté et fragilisé ».

« Je ne veux engager aucune polémique. Je comprends que certains responsables font ce qu'ils peuvent. Et je ne dis pas que les membres du personnel ont tous les droits. Mais on parle là de la santé des salariés, et il faut rappeler ce qu'il y a dans la loi. »

LA VILLE ATTENTIVE

« La priorité numéro un de la Ville est de protéger ses agents », assure Jean-Michel Canton, adjoint au maire délégué au personnel. Tout en indiquant que, suite aux problèmes de rhinite et de rhume survenus au sein du personnel, des solutions sont recherchées pour réduire la présence des agents auprès des bassins. Notamment en la faisant passer de sept heures à quatre heures.

« Une nouvelle organisation va se mettre en place, principalement sur la piscine Péguilhan. » Rappelons par ailleurs que des expertises destinées à vérifier les conditions dans lesquelles cette piscine fonctionne ont été décidées, et que la ventilation doit être modifiée.

Par JEAN-JACQUES NICOMETTE
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